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Cardiologie interventionnelle : à cœur fermé

Les opérations «à cœur ouvert» sont aujourd’hui plus rares. La cardiologie interventionnelle permet en effet de traiter un nombre croissant de pathologies cardiaques sans ouverture chirurgicale. Zoom sur ces techniques de pointe.      
 
Apparue à la Citadelle à la fin des années 80, la cardiologie interventionnelle permet de traiter différentes pathologies cardiaques au moyen de techniques percutanées, c’est-à-dire sans ouverture chirurgicale, avec à la clef moins de risques opératoires et une hospitalisation de plus courte durée. La plus connue de ces techniques est l’angioplastie coronarienne, qui permet de traiter un rétrécissement coronaire (sténose) grâce à la pose d’un stent (endoprothèse). Tel un petit ressort, le stent permet de rendre à l’artère un calibre normal. La pose du stent se fait via un fil-guide (fil métallique), introduit au niveau de l’aine (artère fémorale) ou de plus en plus souvent, au niveau du poignet (artère radiale). La cardiologie interventionnelle repose par ailleurs sur l’utilisation prudente de l’imagerie radiologique (rayons X), qui permet au médecin de guider ses gestes pendant l’intervention.
De nombreux progrès ont été réalisés en cardiologie interventionnelle ces dernières années, avec l’apport de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques notamment la fermeture de l’auricule gauche et la recanalisation des artères coronaires occluses de longue date (occlusions coronaires chroniques).
 
La fermeture percutanée de l’auricule gauche
«Cette technique consiste à occlure l’auricule gauche à l’aide d’une petite prothèse», explique le Dr Yoann Bataille. L’auricule gauche est une petite cavité en communication avec l’oreillette gauche, dans laquelle se développe parfois un caillot de sang qui peut secondairement migrer dans la circulation générale. Lorsqu’il atteint le cerveau, on parle de «thrombose». Ce risque existe en cas de fibrillation auriculaire, un trouble du rythme cardiaque relativement fréquent, en particulier lorsqu’on avance en âge. Le traitement classique consiste à prescrire au patient un médiament anticoagulant, qui fluidifie le sang et permet d’éviter la formation de caillots. Néanmoins, ce traitement médicamenteux ne peut être administré aux patients qui présentent un risque hémorragique plus important. D’où l’utilité de ces nouveaux systèmes dits endovasculaires dont le but est d’obstruer l’auricule gauche de façon à ce qu’aucun caillot ne puisse s’y former et migrer dans l’organisme. La Citadelle, qui possède un important service de gériatrie et prend donc en charge un nombre significatif de patients concernés par ce problème, a adopté la technique depuis 2014. A ce jour, environ 20 patients ont été opérés via cette technique au sein de l’institution. Nécessitant une anesthésie générale de courte durée, l’intervention est réalisée avec l’aide d’une échographie œsophagienne qui permet de guider le médecin pendant l’intervention. «Le taux de succès d’implantation est très bon», observe le Dr Yoann Bataille.
 
 
La recanalisation des occlusions coronaires chroniques
Lorsqu’une artère est «bouchée» depuis plus de trois mois, on parle d’occlusion coronaire chronique (OCC). Fréquente, cette pathologie peut se présenter chez 15% des patients qui passent une coronographie et même chez 50 % des patients qui ont un antécédent de pontage aorto-coronaire. Seuls 40 % des patients souffrant d’une occlusion coronaire chronique ont un antécédent d’infarctus du myocarde. Les autres ont en réalité été protégés par des artères collatérales, sorte de réseau sanguin alternatif ayant pris le relais au moment de la survenue de l’occlusion. Mais cet «itinéraire bis» peut se révéler à terme insuffisant pour empêcher la survenue de crises d’angine de poitrine, par exemple lors d’un effort physique. 
Jusqu’à présent, ces occlusions étaient traitées soit par pontage coronarien, soit par médicaments. De techniques novatrices venues du Japon et des États-Unis permettent aujourd’hui de traiter un nombre croissant de patients par cardiologie interventionnelle. «Longtemps, le traitement percutané est resté très difficile car les zones d’occlusion étaient souvent trop dures pour pouvoir être franchies. Mais aujourd’hui, les microcathéters permettent de se faufiler», explique le spécialiste. La procédure de «recanalisation» se fait soit de manière antérograde soit de manière rétrograde (c’est-à-dire «à contre-courant», en abordant l’occlusion via une artère collatérale naissant d’une artère coronaire non occluse). «On utilise fréquemment deux fils métalliques, un qui passe par l’artère occluse et l’autre par l’artère qui n’est pas occluse», précise le Dr Yoann Bataille. La Citadelle a été le premier hôpital à introduire ces innovations en Wallonie. «Depuis 2012, le taux de patients traités n’a cessé d’augmenter, avec un taux de réussite de plus de 80 %. En 2016, plus de 35 patients ont déjà été traités dans notre établissement.» Actuellement, deux études randomisées internationales sont en cours pour comparer les résultats obtenus chez les patients traités uniquement par médicaments à ceux obtenus chez les patients traités par recanalisation de l’occlusion coronaire chronique. «Mais les données d’études rétrospectives suggèrent déjà des bénéfices prometteurs pour les patients en termes de réduction voire de disparition des crises d’angine de poitrine et améliorations de la qualité de vie», précise le Dr Yoann Bataille. Si les résultats se confirment, la technique pourrait donc être amenée à se généraliser dans les années à venir.
 

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